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1853 - préface de l'éditeur.

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APPROBATION

 

Ayant fait examiner l'opuscule intitulé : Voyage au Grand-Désert, par le R. P. Pierre De Smet, missionnaire de la Compagnie de Jésus, nous en permettons l'impression.

 

Malines, le 4 août 1853.

 

P. CORTEN, Vic. Gén.

 

 

 

COLLECTION DE PRÉCIS HISTORIQUES,

PAR  ÉD. TERWECOREN, S. J.,

 

Préfet des études au Collége Saint-Michel, à Bruxelles.

 

2e ANNÉE, 1853.

 

Deux livraisons par mois. - Abonnement 5 francs par an

 

DÉPOSÉ.

 

 

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

 

Nous crôyons ne pouvoir mieux préparer le lecteur au récit du Voyage dans le Grand-Désert, qu'en reproduisant la lettre du R. P. De Smet à M. le chevalier Dieudonné Stas, directeur du Journal de Bruxelles, insérée dans le numéro du 2 juillet de cette estimable feuille. Cette lettre indique la substance de celles que le P. De Smet a bien voulu nous communiquer pour les publier dans nos Précis historiques.

 

 « Bruxelles, le 30 juin 1853.

 

Monsieur le Directeur du JOURNAL DE  BRUXELLES.

 

» Après de longs voyages dans les déserts de l'Amérique septentrionale, je revois de nouveau ma patrie, heureux de pouvoir exprimer aux bienfaiteurs de nos pauvres sauvages toute la reconnaissance des missionnaires.

 

» Depuis mon dernier départ de la Belgique, j'ai pu parcourir des savanes où aucune mission n'était établie, où jamais peut-être un Européen n'avait pénétré.

 

» Nous avons remonté le Missouri à une distancé de sept cent trente lieues, et parcouru un plateau de plus de cent lieues sur la crête qui sépare les eaux de la rivière Roche-Jaune de celle du Missouri. De la Roche-Jaune nous nous dirigeâmes vers le sud-ouest, et nous traversâmes encore une terre de trois cents lieues, pour atteindre aux Côtes-Noires et aux Montagnes-aux-Loups, éperons des Montagnes-Rocheuses. Nous sortîmes de ces côtes, à l'entrée de la grande route qui conduit des Montagnes-Rocheuses à la Californie.

 

» Le 2 septembre 1851, nous nous trouvâmes sur la grande voie battue par les Européens qui sont allés aux mines d'or, pendant ces dernières années. Ce chemin est beau, large, et peut-être le plus long de l'univers. Sur la trace des caravanes d'émigrants, on circule aisément depuis les États-Unis jusqu'à l'Océan Pacifique: Cette immense avenue est semblable à une aire constamment balayée par les vents, où le moindre brin d'herbe ne pourrait pousser, tant elle est foulée sans relâche sous les pieds de la multitude des Européens et des Américains qui se rend en Californie. Nos sauvages, qui n'avaient jamais vu que des déserts sans chemin, ou tout au plus quelques sentiers de chasse, pensaient, en voyant cette grande route, que toute la nation des blancs avoit passé par là, et que le vide avait dû se faire dans les contrées. où se lève le soleil. Ils me croyaient à peine quand je leur disais qu'on ne s'apercevait nullement dans la nation des blancs du départ de cette multitude.

 

» La Providence a soutenu mon faible courage, guidé mes pas, fécondé la semence de l'Évangile dans des terres qui ne l'avaient pas encore reçue. Après avoir parcouru plusieurs centaines de lieues, j'ai pu voir le bien que nous pourrons faire parmi ces tribus errantes, toujours en guerre, sans consolation dans le malheur parce qu'elles ne connaissent guère les espérances de l'éternité. Aussi, avec la grâce de Dieu, j'espère y retourner au printemps prochain, avec monseigneur Miége, évêque et vicaire apostolique. Nous pourrons y établir des missions, fixer ces tribus nomades sur un sol assez fécond pour les nourrir, ôter par là même une foule d'occasions de guerre, et faire luire dans ces parages, avec la lumière de la foi, l'aurore de la civilisation.

 

» Les bornes d'un journal ne me permettent pas, monsieur, d'entrer dans les détails de cette expédition au Grand-Désert, sur laquelle je n'ai encore publié qu'une' seule lettre. D'ailleurs je me propose d'en faire paraître la relation dans les Précis historiques, que publie le P. Éd. Terwecoren, au collége de la Compagnie de Jésus à Bruxelles. Je prépare aussi pour cette même Collection périodique, outre une Notice sur les Mormons (secte nouvelle, qui ne date que de l'année 1826 et menace de jouer en Amérique le rôle des Sarrasins en Asie), d'autres aperçus qui pourront faire connaître en Europe l'état si peu connu de la Religion dans cette vaste partie du monde, et laisser à l'histoire des documents authentiques sur l'Église naissante dans les déserts. J'entremêlerai ces données historiques de notes que j'ai écrites dans les déserts mêmes, sur la géologie, la zoologie et la botanique, sur le culte, les coutumes des sauvages, etc.

 

» De cette manière, on verra, ce qu'on n'oublie que trop souvent dans l'Europe déjà civilisée, combien la religion catholique, par la nature même de ses missions, contribue à la civilisation des peuples et au développement des sciences. Le gouvernement des États-Unis le sait : il ne cesse d'encourager nos travaux.

 

» Le bien à faire sous tous les rapports est immense. Les catholiques et les nouveaux convertis ont besoin de prêtres pour se conserver dans la foi, les infidèles pour apprendre la bonne nouvelle de l'Evangile. Le petit nombre des ministres du Seigneur qui sont dans ces contrées, ne suffit pas pour 4,000,000 de catholiques et pour tous ces sauvages qui désirent avec ardeur la visite d'une robe noire pour leur donner l'instruction et le baptême. Je suis donc venu en Europe, monsieur, pour faire un appel aux cœurs généreux.

 

» J'exprimerai encore un autre vœu, monsieur, et je l'exprimerai avec franchise : je viens aussi en Europe pour demander l'aumône. Je n'ignore pas que la Belgique surtout est constamment visitée par des missionnaires de l'Amérique, des Indes, de l'Orient; je n'ignore pas que les personnes bienfaisantes ont peine à satisfaire à ces demandes réitérées; mais les Européens ignorent les besoins immenses de secours qu'on éprouve dans ces contrées, pour empêcher les défections, convertir les infidèles, former des missionnaires, établir des écoles, bâtir des églises, etc.

 

» Veuillez bien. monsieur; contribuer par votre estimable feuille qui a déjà provoqué tant d'œuvres généreuses, à faire connaître le double but de mon voyage en Europe, où je resterai probablement jusqu'à la fin de septembre.

 

Agréez, etc.

 

                           P.-J. DE SMET, S. J.