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1801-1821 - Pierre-Jean devient missionnaire


1801

Au début du dix-neuvième siècle Termonde a environ 5000 habitants. Située à l'embouchure de la Dendre dans l'Escaut c'est une ville fortifiée avec garnison.

Le 30 janvier Marie-Jeanne Buydens accouche des jumeaux Pierre-Jean et Colette-Aldegonde. Entre-temps leur père Josse est devenu un homme important. L'économie de guerre de la France y est sans doute pour quelque chose. La famille habite encore sur la rive de la Dendre, la rue de l'Escaut (aujourd'hui Franz Courtensstraat).

Le voisinage où grandit Pierre-Jean se trouve à proximité du Visgracht et du port intérieur de Termonde. Devant la maison sont souvent amarrés des navires à voile. Quand ces navires doivent être chargés et déchargés, c'est pour les débardeurs de la rue de l'Escaut un moment de gros ouvrage et de grande hâte. Derrière le jardin de l'habitation se trouve l'ancienne caserne malinoise. Tout près et en face de la maison De Smet il y a aussi quelques couvents et des chapelles. Tous ces éléments continueront à jouer un rôle important dans la vie de Pierre-Jean.

Josse (ou Judocus) est un homme pieux mais enjoué qui exige beaucoup de ses enfants. Son caractère rigoureux est à l'origine de la distance qu'il y aura toujours entre le père et le fils De Smet.

À douze ans Pierre-Jean est déjà un gamin robuste. Ce n'est pas pour rien que ses camarades de jeu l'appellent Samson. Le long du quai et sur les navires le jeune garçon acquiert le goût de l'aventure et des voyages lointains qui marquera toute sa vie.

1814

Mais c'est pour le moment rêver en plein jour, et en 1814 Pierre-Jean est envoyé au pensionnat catholique de Beirvelde près de Gand. Deux ans plus tard il déménage à l'internat de Saint-Nicolas et en 1818 il est au collège d'Alost. Un an plus tard le voilà étudiant au petit séminaire de Malines. C'est à cette époque que son monde s'effondre quand meurt sa mère chérie le 19 septembre 1819. Elle vient d'avoir 47 ans.

1821

En juin un certain Père Nerinckx donne à Malines une conférence qui persuade Pierre-Jean qu'il a trouvé sa vocation. Il veut suivre l'Apôtre du Kentucky et devenir missionnaire. Mais il n'est pas le seul candidat et Nerinckx cherche à faire une sélection. Quoi qu'il en soit, la vocation de Pierre-Jean est prise au sérieux et il est inclus parmi les autres aspirants missionnaires : Félix Verreydt (de Diest), François de Maillet (de Bruxelles), Jean-Antoine Elet (de Saint-Amand), Jean-Baptiste Smedts (de Rotselaar), Judocus Van Assche (de Saint-Amand) et Van Horzig (de Hoogstraten). Tous ces jeunes gens viennent du grand séminaire, sauf Van Assche et De Smet qui sont encore étudiants du petit séminaire. Le prêtre Veulemans et le jeune professeur du petit séminaire Pierre Verhaegen escorteront le petit groupe de jeunes gens inexpérimentés. Les recrues quittent le séminaire et attendent leur départ à Malines dans la boutique de tabac Het Schip, à l'angle de la rue Saint-Jean et de la rue de la Vache (aujourd'hui rue Frédéric de Mérode).

Nous sommes au 23 juillet. De Smet, Elet, Smedts et Van Assche vont de Malines à Anvers. Dans le royaume des Pays-Bas de Guillaume I les voyageurs des diligences doivent encore à la porte des villes montrer un passeport, mais à chaque entrée nos quatre séminaristes se mêlent au trafic local et parviennent à voyager inaperçus dans les provinces du Nord. Le 26 juillet ils arrivent à Amsterdam. Nerinckx a pris le soin de les faire recevoir par des familles catholiques hollandaises. Bientôt les neuf émigrants sont réunis.

De Smet est encore mineur et n'a pas d'autorisation paternelle. Le vieux Josse de Smet est bientôt au courant de l'affaire et envoie son fils Charles à Amsterdam avec l'ordre de ramener Pierre-Jean. Mais Pierre-Jean convainc son frère plus âgé de le laisser partir. Charles lui donne même une somme considérable d'argent de poche. Le petit groupe s'installe dans la cale d'un bateau et le 31 juillet celui-ci navigue sur le Zuiderzée. Le 2 août ils arrivent à la nuit tombante sur l'île de Texel. Là aussi ils sont accueillis par des familles catholiques amies. Nerinckx se joint à eux. En chemin Pierre-Jean n'écrit pas moins de sept lettres d'adieu à son père, lettres qui toutes seront retenues par le curé anversois Jean-Baptiste Buelens et ne seront retrouvées par hasard qu'en 1868 après le décès de celui-ci.

Mais la maréchaussée est sur leurs traces. Pour éluder le contrôle des passeports, il est décidé qu'on ne s'embarquera pas immédiatement. En tant qu'immigrants illégaux ils attendront le grand navire en pleine mer sur une barquette. Le plan réussit, et c'est ainsi que le 15 août Nerinckx part inaperçu vers le nouveau monde avec ses recrues sur le brick Columbia. De Smet père peut difficilement accepter la décision impulsive de son fils Pierre-Jean. Il mourra en 1827 sans l'avoir jamais revu.

(Le Musée de la Ville de Termonde possède dans sa collection une peinture de Josse De Smet âgé. Le portrait (2) date de 1825, deux ans avant sa mort. Il se trouve dans la salle Jumelage de l'hôtel de ville de Termonde )

(2) Note du traducteur - L'original de ce portrait peint par l'artiste termondois Frans Verhas est aujourd´hui dans la maison de François de Smet d'Olbecke à Santiago, Chili.