Le P. François
Xavier d'Hoop (1), de la Compagnie de Jésus, est
décédé en Amérique. Né à Meulebeke, dans le diocèse
de Bruges, en Belgique, le 4 Janvier 1813, il fit avec succès ses études au collége de Thielt, dans la
Flandre occidentale, et se rendit ensuite au collége
de Turnhout, fondé par le vénérable De Nef, dont le nom seul est un éloge. Dans
cette pépinière de missionnaires, qui a fourni tant de dignes prêtres et tant
d'excellents sujets au pays, le P. d'Hoop; à
l'exemple d'un grand nombre d'autres qui l'y avaient précédé, prit la généreuse
résolution de se dévouer aux missions américaines et d'embrasser la vie
religieuse. Au mois de septembre 1837, il quitta sa patrie et s'embarqua pour
les États-Unis, avec quatre compagnons. Le 21 novembre de la même année, il
entra au noviciat des Jésuites à Saint-Stanislas, au
Missouri. Après les deux années de probation, il fut envoyé, en qualité de
sous-préfet, à l'université de Saint-Louis et s'appliqua à acquérir la
connaissance des langues les plus en usage dans le pays, surtout l'anglais,
l'allemand, le français et l'espagnol.
1 Cette notice est tirée d'une lettre que le P. De
Smet a eu la complaisance de nous envoyer. Elle est
adressée au P. Vanderhofsladt, du collége
de Tournai, et datée de Louisville, au Kentucky, le 29 mars 1855.
« Je viens remplir un devoir auprès de votre
Révérence, écrit le P. De Smet, à la demande bien
spéciale d'un de vos anciens disciples, le P. François Xavier d'Hoop. Je ne m’attendais pas, lors de mon arrivée à
Louisville, que j'allais assister à ses derniers moments. Vous vous rappellerez qu'il faisait partie de la petite bande
que je conduisis en Amérique en 1837.
Le P. d'Hoop est mort
jeune et beaucoup regretté de tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître.
Il a fait beaucoup dans sa courte vie, et ce malheureux pays perd en lui un
fervent et zélé missionnaire. Il laisse dans la douleur un grand nombre
d'enfants en Jésus-Christ, de protestants convertis à la foi, de brebis égarées
qu'il a rappelées et ramenées au bercail du bon Pasteur. Ces fidèles
continueront tous, j'ose l'espérer, à bénir la mémoire chérie de leur père; et
lui, du haut du ciel, intercédera pour qu'ils persévèrent dans la foi...
Comme vous connaissez la famille du P. d'Hoop, et que j'ai des preuves de votre grande charité, j'ai
pris la liberté de m'adresser à vous, pour vous prier de leur communiquer la
nouvelle de sa mort. Les détails que je donne dans la petite notice qui suit,
contribueront à consoler leur douleur.»
Il fut envoyé
ensuite au collége de Saint-Charles,
au Grand Coteau, dans l'État de la Louisiane, où il enseigna, pendant plusieurs
années, la rhétorique et la physique avec, beaucoup de succès. Il. fut ordonné
prêtre par Mgr. Blanc, archevêque de la Nouvelle-Orléans le 29 août 1845.
Depuis cette époque jusqu'à sa morte il a rempli fidèlement et en bon
religieux, soit dans les colléges, soit dans les
missions et résidences, toutes les charges qui lui étaient confiées par ses
supérieurs. Les villes de Saint-Louis, de Cincinnati, de Chillicothe,
de Bardstown et de Louisville, ont été successivement
témoins de son zèle et de ses travaux. Quoique souffrant depuis plusieurs
années d'un mal douloureux dans les deux jambes, il acquittait toujours fidèlement
des devoirs de sa charge, et son zèle parut même s'augmenter avec ses
souffrances.
Le P. d'Hoop s'attirait tous les coeurs
par sa simplicité religieuse, par sa charité et son zèle.
Il contracta la
maladie qui nous l'a enlevé, en revenant d'une mission donnée à Maddison, capitale de l'État d'Indiana. Rempli de confiance
dans le Seigneur et donnant des preuves d'une entière soumission à la volonté
divine, il rendit sa belle âme à son Créateur, à Louisville, dans l'État de
Kentucky, le 23 mars 1855.
Le lendemain, fut
célébrée à la cathédrale une messe solennelle, à laquelle Mgr. l'évêque et la
plupart des membres du clergé dé la ville assistèrent. Sa Grandeur officiait
elle-même aux obsèques, et fit, avec son éloquence ordinaire, l'éloge du défunt.
Sa dépouille morelle a été inhumée au cimetière du collége
de Saint-Joseph à Bardstown.
M. l'abbé du Pontawis, grand vicaire et curé de Maddison,
nous a écrit une lettre fort consolante. J'ai appris, dit-il, le décès du R. P.
d'Hoop, au moment où je me revêtais des habits
sacerdotaux pour célébrer la sainte messe, le dimanche de la Passion. - J'ai
oublié mon texte; votre lettre avait pris sa place. J'ai parlé sur sa mort. -
Mais je crains de n'avoir pas édifié autant que je l'aurais dû; car ma voix était
entrecoupée de sanglots. - J'ajouterai que tout mon nombreux auditoire était en
pleurs.
« Au saint
autel, je me rappelais les heureux moments de sa présence. - C'est ici qu’il
avait célébré; - c'est dans la chaire de vérité que ses paroles si éloquentes et
si édifiantes ont été entendues ; paroles qui ont converti tant de
pécheurs, donné la tranquillité et la paix à tant d'âmes jusqu'alors dans le
trouble, arraché tant de larmes de joie et de bonheur. Mon coeur
s'échappait, pour ainsi dire, par mes yeux.
Je n'oublierai
jamais les instants qu'il a passés avec moi dans ma maison. J'entends encore
les paroles consolantes et si remplies de sagesse que ses lèvres prononcèrent.
Comme homme de Dieu et comme savant, on trouvait en lui un trésor inépuisable
de connaissance variées et étendues. Ah! l'idée de sa mort commençait à
m'accabler quand je pensais que c'est à moi qu'il a donné les derniers jours de
sa vie active! Mais après un moment de réflexion, la joie a succédé à ma
douleur.
-Le Père était mûr
pour le ciel , et c'est dans ma paroisse qu'il est venu faire son dernier
effort pour obtenir la couronne immortelle, et c'est mon peuple qui a reçu ses,
derniers adieux!!! A genoux au pied du maître-autel, il prononça les paroles de
la consécration aux Sacrés-Coeurs de Jésus et de
Marie, pour le pasteur et pour son troupeau, etc. »