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1857 - lettre 28 - Les Osages.

LES OSAGES.

 

VINGT-HUITIÈME LETTRE DU R. P. DE SMET

 

au directeur des Précis Historiques, à Bruxelles.

 

(Envoi d'une lettre du R. P. Bax.)

 

Bruxelles, 1er décembre 1856.

 

                   Mon révérend Père,

 

Je vous enverrai trois lettres de feu le R. P. Bax. Les deux premières, datées du 1er et du 10 juin 1850, ont été publiées en partie dans les Annales de la Propagation de la Foi, au mois de mai 1852; la troisième n'a pas été publiée que je sache; c'est la dernière lettre écrite par le M. Bax.

 

Vous connaissez le mérite de cet homme de Dieu, trop tôt enlevé à ses travaux. J'ai donné sa notice biographique dans ma vingt-deuxième lettre, insérée dans les Précis Historiques de l'année 1856, page 419.

 

PREMIÈRE LETTRE DU R. P. BAX.  AU R. P. DE SMET.

 

» Mission de St-François de Hieronymo parmi les Osages. 1er juin 1850.

 

                   » Mon révérend et bien cher Père,

 

» Voilà trois années écoulées depuis que nous avons commencé les travaux de notre mission. Je ne vous dirai rien des embarras inséparables d'une telle entreprise; vous connaissez trop bien vous-même ce terrain, et vous savez aussi que, pour le défricher, il faut tout le courage que la charité chrétienne seule peut inspirer. Je ne m'arrêterai donc pas aux obstacles, aux fatigues de tout genre, que nous avons rencontrés sur notre route. Aujourd'hui le fardeau a été allégé, les affaires de la mission s'étendent et offrent un aspect plus favorable, surtout depuis l'arrivée d'un professeur et de plusieurs Frères, dont nous avions un besoin si pressant.

 

» Je profite de mes premiers moments libres pour satisfaire le désir que vous m'avez témoigné plusieurs fois d'avoir des détails sur notre chère mission des Osages. J'espère ainsi vous rendre un léger témoignage de notre reconnaissance pour l'intérêt que vous prenez à tous nos travaux et à tous nos succès. Ces marques d'attention de votre part, mon révérend Père, nous donnent l'assurance que, si pour le moment d'autres travaux vous tiennent éloigné de vos chers Indiens, votre cœur néanmoins soupire continuellement pour nos enfants du désert, pauvres et isolés.

 

» Vous savez, sans doute, que la mission a d'abord été, pendant plusieurs années, entre les mains des presbytériens. Ils durent l'abandonner dans l'automne de 1845. Ces messieurs furent obligés de prendre cette mesure par la résolution même des Indiens, bien déterminés à ne jamais embrasser la doctrine de Calvin. Dans le, courant de la même année, le major Harvey, surintendant des tribus indiennes, ayant réuni en conseil les différentes tribus de la nation des Osages, leur exposa, avec les couleurs les plus vives, les avantages d'une bonne éducation; il ajouta que, si telle était leur volonté, leur grand-père, c'est-à-dire le président des États-Unis, leur enverrait des missionnaires pour instruire leurs enfants. A cette proposition, le grand chef répondit au nom de tout son conseil :

         » --Notre grand-père est bon; il aime ses enfants à peau rouge. Écoutez ce que nous avons à dire au sujet en question. Nous ne voulons plus de ces missionnaires tels que nous avons eus pendant plusieurs années; car ils ne nous ont jamais fait aucun bien. Envoyez-les aux blancs; ils feront peut-être mieux chez eux. Si notre grand-père veut que nous ayons des missionnaires, vous lui direz de nous envoyer des Robes-Noires, qui nous apprendront à prier le Grand-Esprit à la manière des Français. Quoique plusieurs années se soient écoulées depuis qu'ils nous ont visités ¹, nous nous rappellerons toujours cette visite avec reconnaissance, et nous serons toujours prêts à les recevoir parmi nous et à écouter leur parole. »

 

¹ Le très révérend M. De la Croix, actuellement chanoine à Gand, avait visité les Osages en 1820.  Le R. P. Van Quickenborne les visita plusieurs années plus tard, ainsi que le révérend M. Lutz.

 

» Le surintendant, homme juste et libéral, n'avait à cœur que le bien-être des sauvages. Quoique protestant, il communiqua cette réponse au gouvernement et l'appuya de ses propres remarques et observations. D'après son avis, le président eut recours aux supérieurs de notre Compagnie, les priant de vouloir se charger de cette mission.

 

» D'abord le R. P. Provincial fit quelques difficultés, sachant que personne n'avait encore pu réussir à améliorer le sort de cette nation, sous le double rapport du spirituel et du temporel. En attendant, les Indiens étaient dans la plus pénible incertitude, ne sachant pas si le grand-père leur accorderait ou leur refuserait l'objet de leur demande. Mais ils furent bientôt satisfaits : notre Compagnie accepta la mission.

 

» Dans l'automne de 1846, le R. P. Schoenmaekers quitta Saint-Louis pour se rendre chez les Osages, avec l'intention de revenir sur ses pas après avoir examiné l'état des choses, des maisons, etc. Il revint à Saint-Louis au cœur de l'hiver. Son second départ fut retardé jusqu'au printemps suivant.

 

» Après que le P. Schoenmaekers les eut quittés, les pauvres Indiens comptaient les jours et les heures jusqu'au printemps, où il leur avait promis de revenir; mais ils l'attendirent en vain. L'année s'écoula; ils perdirent tout espoir de le revoir. Néanmoins, ils étaient résolus de n'accepter que des missionnaires catholiques.

 

» Quand tous nos préparatifs furent terminés, le R. P. Sehoenmaekers, moi-même et trois Frères coadjuteurs, nous quittâmes Saint-Louis, le 7 avril 1847, et nous arrivâmes sur le bord de la rivière Neosho, tributaire de l'Arkansas, située à 130 milles de Westport, ville frontière de l'État du Missouri.

 

» Pour vous, mon cher Père, qui avez plusieurs fois traversé le Grand Désert de l'ouest dans toute son étendue, depuis les États jusqu'à la mer Pacifique, qui avez parcouru les Montagnes Rocheuses et leurs vallées, nos peines et nos fatigues doivent vous paraître bien insignifiantes. Mais cette épreuve était vraiment pénible pour nous, qui entrions pour la première fois dans les immenses prairies des Indiens, que nous n'avions jusqu'alors mesurées que d'après les images trompeuses de notre imagination. Certes, la réalité nous en parut bien différente. Nous endurâmes la faire, la soif et le froid. Pendant une quinzaine de jours nous fûmes obligés de passer les nuits à la belle étoile, dans la saison la plus humide, de l'année, n'ayant chacun, pour tout lit, qu'une peau de buffle et une simple couverture.

 

» A 100 milles environ de Westport, nous eûmes une panique. Arrivés à un endroit nommé le Bosquet de noyer, nous aperçûmes dans le lointain une troupe nombreuse de cavaliers indiens, qui firent volte-face vers nous. Peu habitués à de pareils spectacles, nous fûmes saisis d'une grande inquiétude, qui fit place bientôt à une véritable frayeur; car nous vimes ces sauvages, en s'approchant de nous, s'élancer de leurs chevaux avec une agilité extraordinaire. Aussitôt ils s'emparèrent de nos charrettes et de nos waggons, que nous crûmes un moment destinés au pillage. Ils examinèrent nos coffres et nos bagages aussi minutieusement et avec autant de sang-froid que le font de vieux et adroits douaniers. Heureusement nous en fûmes quittes pour la peur. Nous leur fîmes présent de quelques torquettes de tabac. Ils nous donnèrent la main en signe d'amitié. Bientôt après, nous les perdîmes de vue, nous félicitant de leur avoir échappé à si peu de frais. Une idée cependant nous occupa : ils pourraient se repentir dé leur bienveillance à notre égard, nous attaquer et voler nos chevaux pendant la nuit. Nous quittâmes donc la route ordinaire et nous allâmes camper bien avant dans la plaine. Ces sauvages, comme on nous l'apprit plus tard, appartenaient à la nation des Sauks, qui avaient rendu une visite d'amitié à leurs alliés les Osages.

 

» Le 28 avril, nous arrivâmes à notre destination, à la grande surprise et à la vive joie des Indiens; car, comme je vous l'ai fait observer, ils ne comptaient plus nous revoir. Il me serait impossible de vous exprimer l'enthousiasme avec lequel nous fûmes reçus. Ils nous considéraient comme des hommes que le Grand-Esprit leur avait envoyés pour leur apprendre la bonne nouvelle du salut, pour leur tracer la route qui mène au ciel, pour leur procurer ici-bas l'abondance et le bonheur.

 

» Au premier aspect de ces sauvages, et me trouvant entouré de ces enfants du désert, je ne pouvais surmonter la peine dont j'étais saisi. Je voyais leur triste condition. Les adultes n'avaient qu'un léger vêtement qui leur recouvrait le milieu du corps; les petits enfants, jusqu'à l'âge de six à sept ans, n'avaient rien pour se couvrir. Moitié sérieux, moitié riant, je pensais qu'une portion bien sauvage de la vigne du Seigneur m'avait été donnée à cultiver; mais je ne perdis pas courage. L'objet de mes désirs et le sujet de mes prières depuis bien des années avaient été de devenir missionnaire chez les Indiens. Cette grâce était obtenue. Je me sentis content et heureux.

 

» A notre arrivée, nous trouvâmes les maisons inachevées, très incommodes et beaucoup trop petites pour un grand nombre d'enfants; elles étaient aussi très mal situées, vu qu'elles n'étaient nullement centrales relativement aux nombreux villages qui composaient toute la mission. Il en résultait pour nous des occultations plus nombreuses et plus difficiles.

 

» La population des tribus comprises sous le nom de Grands Osages et de Petits Osages est d'à peu près 5,000 âmes dont 3,500 demeurent sur les bords du Neosho, et les autres sur le Verdigris, rivière plus petite que la première, quoique les vallées et les prairies qu'elle arrose soient préférables pour la culture.

 

» Les Osages qui demeurent sur les bords du Neosho sont divisés en plusieurs villages. Les petits Osages forment une population de 1,500 âmes et sont à 22 milles de la mission. Le village de Nanze-Waspe contient 600 habitants, à une distance de 12 milles; le village Bifchief est composé de 300 âmes, à 4 milles; le Weichaka-Ougrin, de 500, à 3 milles; Litletown compte 300 habitants et est éloigné de 30 milles; Bifhill ou Passoi-Ougrin, situé sur le Verdigris, a une population de 600 âmes, à 40 milles; les Chêniers, ou Sanze-Ougrin, sont au nombre de 700, à 55 milles, le Chien-Noir, ou Skankta-Sape, village éloigné de 60 milles, contient 400 habitants. Il y a en outre d'autres petits villages dispersés à une grande distance de nous. Les deux rivières sur lesquelles ils sont établis se jettent dans l'Arkansas. Les bas-fonds sont généralement marécageux; mais la plaine du Neosho est sablonneuse.

 

» Autrefois les Osages étaient représentés comme des hommes cruels et pervers, adonnés aux vices les plus dégradants; la calomnie les dépeint comme des voleurs, des assassins et des ivrognes.

 

» A ce dernier reproche, il m'est pénible de le dire, ils ont donné occasion : ils sont passionnés pour les liqueurs fortes. Les effets en devenaient si terribles, qu'à notre arrivée des tribus entières étaient presque détruites. Au printemps de 1847, dans un seul petit village, trente jeunes gens, à la fleur de l'âge, furent victimes de la boisson. J'ai rencontré des hommes, des femmes et des enfants dans un état d'ivresse complète, se traînant autour de leurs loges comme autant d'animaux. Cette vue, mon cher Père, fit verser bien des larmes et arracha bien des soupirs à ceux qui avaient été choisis et envoyés pour travailler au bonheur et au salut de ces infortunés. C'était vraiment pénible de voir ces enfants du désert, ignorants et sauvages, livrés à l'ennemi de Dieu et des hommes. Grâce au Seigneur, le mal a été coupé dans sa racine; l'avis d'un bon et bien digne agent du gouvernement ainsi que nos propres efforts ont si bien réussi, que l’ivrognerie a été presque complétement bannie. Des prières journalières sont offertes pour que ce crime et toutes les misères qui en sont la suite ne paraissent plus parmi nous. Maintenant les Indiens eux-mêmes comprennent la nécessité de la tempérance. Plusieurs d'entre eux viennent souvent me dire avec la plus grande simplicité, qu'ils ne retomberont plus dans ce vice. Ces sauvages montrent, dans leurs résolutions stoïques, un courage qui devrait faire rougir beaucoup de blancs.

 

» Ceux qui les appellent des voleurs et des assassins les ont calomniés. Des bandes de voleurs, allant du nord au sud, traversent les établissements des Osages, ainsi que ceux des blancs qui habitent les frontières. C’est leur métier de tout voler et de tout emporter, et de telle manière que les Osages sont accusés de ces vols. On en peut dire autant des pillages commis sur la route de Santa-Fé.

 

» D'après ma propre expérience, je suis convaincu qu'il y a peu de nations, dans ce pays, aussi affables et aussi affectionnées aux blancs que la nation des Osages. De fait, on dirait qu'il leur est naturel de vivre en parfaite amitié avec tous ceux qu'ils connaissent. La paix et l'harmonie règnent parmi eux; jamais des mots durs ne sortent de leurs bouches, si ce n'est quand ils ont bu avec excès. Maintenant ils sont en paix avec toutes les tribus, excepté avec les Pawnies-Makas, dont la manière d'agir à leur égard inspirerait de l'aversion aux peuples civilisés aussi bien qu'aux sauvages. A peine les Osages sont-ils partis pour la chasse, que les Pawnies, qui attendaient ce moment, se jettent sur les villages sans défense, pillent les wigwams et volent les chevaux. Les Osages ont souvent fait la paix avec cette nation; mais à peine les traités étaient-ils ratifiés, que l'ennemi perfide recommençait ses attaques.

 

» Il y a longtemps que j'essaie de mettre, un terme à la manie cruelle d'enlever la chevelure aux morts et aux blessés. Dans ce projet, comme dans bien d'autres, j'ai été contrarié par les mauvais conseils et les mauvais exemples des blancs. Je désirerais pouvoir dire aux sauvages dont je suis chargé, d'imiter les blancs, et il me serait bien doux de leur proposer des modèles dignes d'imitation; mais mes paroles ne produiraient aucun effet. Ici, comme autrefois au Paraguay, l'Indien ne tire aucun avantage du voisinage des blancs; au contraire, il devient plus rusé, se plonge plus profondément dans le vice, maudit son Dieu dans une langue étrangère, ne trouvant pas dans la sienne de paroles blasphématoires.

 

» Pour vous montrer les mauvais effets produits par la proximité des blancs, je vous citerai une petite anecdote. Le fait eut lieu il y a près d'un an. Je faisais une instruction dans un village nommé Woichaka-Ougrin ou Cockle-Bird. Le sujet était l'intempérance; je parlais des mauvaises suites de cette passion, de ses effets sur la santé, de la rapidité avec laquelle elle conduit les hommes au tombeau ou les sépare de leurs femmes et de leurs enfants, que le Grand-Esprit leur avait confiés. J'ajoutais que le plaisir de la boisson était d'une courte durée, tandis que la punition serait éternelle. Comme je finissais de parler, Shape-Shinkaouk ou le Petit Castor, un des principaux de la tribu, se leva et me dit : -- « Mon Père, ce que tu dis est vrai. Nous croyons tes paroles. Nous en avons vu beaucoup enterrés parce qu'ils aimaient et buvaient l'eau de feu. Une chose nous étonne. Nous sommes ignorants; nous ne connaissons pas les livres; nous n'avons jamais entendu les paroles du Grand-Esprit; mais les blancs, qui connaissent les livres, qui ont de l'intelligence et qui ont entendu les commandements du Grand-Esprit, pourquoi boivent-ils cette eau de feu ?  pourquoi nous la vendent-ils ?  ou pourquoi nous apportent-ils, tandis qu'ils savent que Dieu les voit ? »

 

» Je vais entrer maintenant dans des détails plus particuliers sur notre mission et sur nos travaux. Immédiatement après notre arrivée, au printemps de 1847, notre premier soin fut de préparer une école. Elle fut ouverte le 10 mai. Les écoliers étaient peu nombreux au commencement : quelques métis et trois Indiens furent les seuls qui se présentèrent. Les parents, pleins de préjugés contre une école, donnaient pour excuse que les enfants qui avaient été confiés aux premiers missionnaires, les presbytériens, n'avaient rien appris, avaient été fouettés tous les jours, travaillaient continuellement, et enfin s'étaient sauvés. Ces rapports se répandirent au loin. La correction la plus efficace qu'un père pût employer contre un enfant était de le menacer de l’envoyer à l'école. J'ai eu des preuves de ceci peu de temps après notre arrivée. Dans une de mes visites à un village des Petits Osages, appelé Huzegta, ayant un interprète avec moi, j'entrai dans la loge du premier chef. En me présentant, je lui donnai la main comme preuve d'amitié. – « Qui êtes-vous ? » --me dit-il. – « Un tapouska ou missionnaire, » -- fut la réponse. Pendant quelques instants, il baissa la tête sans dire mot. Ensuite, levant les yeux, il dit d'assez mauvaise humeur : -- « Les missionnaires n'ont jamais fait du bien à notre nation. » -- L'interprète répondit que je n'appartenais pas à la classe de missionnaires qu'il avait vus; que j'étais un tapouska français, un Robe-Noire, qui était venu à leur demande et à celle de leur grand-père. Alors la sérénité reparut sur le visage du chef, et il s'écria. – « Voilà une bonne nouvelle. »

 

-- Il me donna aussitôt la main, appela ses femmes et ordonna qu'on me fît une soupe de buffalo, voulant fêter mon arrivée. Il me fit plusieurs questions relatives à la manière dont j'élèverais les enfants si l’on m'en envoyait; il me déclara qu'il n'approuvait pas qu'on fouettât les enfants; il me demanda enfin si nous instruisions les personnes âgées. Quand je lui eus dis que nous étions venus pour instruire tout le monde, pour annoncer la parole de Dieu à toute la nation, il exprima beaucoup de joie et de reconnaissance. Aussitôt qu'il nous eut connus et appris l'objet de notre visite, ses préjugés et ses appréhensions disparurent.

 

» Lors de mes premières visites, les enfants ne voulaient pas m'approcher. Je dissipai leurs craintes en leur donnant des biscuits ou des billes, dont mes poches étaient toujours remplies. Ils devenaient familiers, et en peu de temps ils me furent très attachés. Les premiers qui vinrent à l'école, étant très heureux, exprimèrent leur satisfaction et leur bonheur à leurs parents, louant les soins des Robes-Noires pour les instruire et les nourrir. Cette nouvelle se répandit. Depuis les enfants supplient leurs parents de les laisser aller à la mission; les parents ne le refusent jamais, car l'Indien est toujours plein d'indulgence pour ses enfants.

 

» Avant la fin de l'année, ceux qui étaient reçus et ceux qui désiraient l'être surpassaient le nombre que nous pouvions loger. Nous avons été jusqu'à présent encombrés. Dans une maison faite pour vingt personnes seulement, nous étions obligés de loger cinquante enfants. Pour prendre des mesures, la nation s'assembla et demanda à l'agent de supplier leur grand-père d'augmenter et d'agrandir les maisons de la mission. Le gouvernement accéda à cette demande.

 

» Les chefs ne pourraient être trop loués du bon exemple qu'ils ont donné à la nation et du désir ardent qu'ils ont manifesté pour l'éducation de leurs filles. Quand ils me firent cette demande, je me trouvai singulièrement embarrassé sur les moyens de réaliser un si louable projet. Le R. P. Schoenmaekers résolut d'intéresser une communauté de bonnes et ferventes religieuses aux filles des Osages. Dans ce dessein, il alla à Saint-Louis; mais il frappa en vain aux portes de plusieurs couvents de cette ville, car l'entreprise effrayait tout le monde. II ne se découragea point. Enfin, il réussit à obtenir les bonnes et Charitables Sœurs de Lorette en Kentucky, pour l'éducation des filles de cette mission éloignée. Dans l'automne de l'année 1847, quatre religieuses arrivèrent pour partager nos travaux. Leurs souffrances, leurs épreuves et leurs privations furent bien grandes. Elles étaient obligées de coucher sur la dure en plein air. Cela n'empêcha pas deux autres Sœurs de les rejoindre peu de temps après dans cette héroïque entreprise. Leur patience, leur bonté, leur courage et leur persévérance ont gagné l'estime, l'affection et l'amour de tout le monde. Elles réussissent; elles ont déjà produit un changement considérable et fait un grand bien. Les talents déployés dans la direction de leur école et les progrès rapides des enfants sont admirés de tous les étrangers qui visitent cette communauté.

 

» Pour ne pas trop dépasser les limites d'une lettre, je remettrai le reste à un autre moment et je vous l'enverrai dans quelques jours.

 

» En attendant, mon révérend et très cher Père, je me recommande à vos saints sacrifices et à vos bonnes prières.

 

                   » Votre tout dévoué frère,

 

                                                                           » J.-J. BAX,

                                                                  » de la Compagnie de Jésus. »