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1857 - lettre 29 - Les Osages.

LES OSAGES

LES OSAGES.

(Suite.)

 

VINGT-NEUVIÈME LETTRE DU R. P. DE SMET

 

au directeur des Précis Historiques, à Bruxelles.

 

(Envoi d'une deuxième lettre du  R.P. Bax.)

 

Hollande, janvier 1857.

 

                   Mon révérend Père,

 

Voici la deuxième lettre du R. P. Bax que je vous ai promise dans ma missive du 1er décembre 1856.

 

 

DEUXIÈME LETTRE DU R. P. BAX.  AU  R. P. DE SMET.

 

« Village de St-François de Hieronymo parmi les Osages. 10 juin 1850.

 

                   » Mon révérend et bien cher Père, 

 

» Dans ma dernière lettre, j'ai été, malgré moi, obligé de vous donner une description trop abrégée de l'état vraiment prospère de nos écoles.

 

» Rien n'étonne plus les blancs qui nous visitent que les progrès extraordinaires de nos petits Osages dans les différentes branches qui leur sont enseignées. Telles sont : la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la géographie et la grammaire pour les garçons; la lecture, l'écriture, la géographie, les ouvrages d'aiguille, la broderie et le dessin pour les filles. A ces dispositions, tous joignent un goût bien prononcé pour la musique, et ils trouvent beaucoup de plaisir à chanter des cantiques pieux. Ils sont, de plus, très polis, dociles et obéissants. Aussitôt qu'ils aperçoivent un blanc, leur premier mouvement est d'aller lui présenter la main. La délicatesse de leurs sentiments et leurs bonnes dispositions ont allégé bien des fois la peine que nous éprouvions lorsque nos moyens ne nous permettaient pas de pourvoir à leurs besoins.

 

» S'il arrive qu'un des Pères s'absente pour trois ou quatre jours, ils sont aux aguets pour le moment où il est attendu. Aussitôt qu'ils l'aperçoivent, ce qui a lieu quelquefois à la distance de trois ou quatre milles, rien ne peut les empêcher de courir à sa rencontre et de s'écrier : -- « Père, comment vous portez-vous? comment vous portez-vous? » --

 

» Le plus grand nombre d'entre eux se fait remarquer par des sentiments de dévotion vraiment admirables. La religion est ainsi le moyen le plus efficace pour corriger les fautes ordinaires à cet âge. -- La plus forte réprimande que nous puissions leur faire est de leur demander : « Mon enfant, quand vous avez été baptisé, n'avez-vous pas promis à Dieu d`être sage? » -- D'un bon nombre, on constate de grands progrès dans le catéchisme. Une quarantaine ont fait leur première communion. Ces derniers visitent le Saint Sacrement avec autant de régularité et de dévotion que les fidèles les plus fervents.

 

» Voilà, mon révérend Père, ce qui donne le plus de consolation. Il y a deux ans à peine, ces petits néophytes couraient nus dans les bois et les plaines, adonnés à toute espèce de vices et n'ayant aucune connaissance ni de leur Créateur ni de la fin de leur création. Jamais la bonté de la Providence n'a été plus manifeste pour moi; jamais je n'en ai vu la divine influence plus généralement sentie et mieux appréciée; jamais, avant ce jour, je n'avais été aussi intimement convaincu que le Seigneur offre à toutes les nations, à toutes les familles et à chaque individu, les moyens de se sauver et de s'unir à la sainte Église.

 

» Ce qui nous avint le premier jour de notre arrivée ici sert de puissante confirmation à cette vérité. On nous rapporta qu'un Indien venait de mourir dans un village à quatre milles de distance. J'exprimai la peine que me causait ce malheur à celui qui m'en apportait la nouvelle. Il me dit qu'un autre homme, dans le même endroit, était sur le point de mourir. Dans l'espoir d'arriver encore assez tôt pour le baptiser, je partis immédiatement. Arrivé à l'endroit où le Neosho se divise en deux branches, je trouvai les eaux tellement grossies qu'il était impossible de les passer de là à plusieurs jours.

 

» Le quatrième jour, -- c'était un dimanche -- un métis passa la rivière dans un tronc d'arbre pour venir entendre la messe. Je l'interrogeai sur l'état du malade. Il était à l'agonie depuis quatre jours; il s'était constamment bien comporté; il avait manifesté le vif désir de voir la Robe-Noire qui était venue annoncer à la nation la parole de Dieu. Je montai aussitôt à cheval, avec quelque appréhension que mon guide ne retardât mon arrivée. En cela je me trompai : il arriva plus vite à pied que moi à cheval.

 

» Je trouvai mon Indien très malade; il m'était bien évident qu'il s'en allait à grands pas vers l'éternité. Aussitôt que j'entrai dans la loge, il me salua avec joie et affection. Je lui fis comprendre, à l'aide d'un interprète, que je venais lui parler du Grand-Esprit et l'instruire sur les vérités nécessaires au salut. -- « Je te remercie, Père; tes paroles sont bonnes et consolantes; mon cœur se réjouit en te voyant. » --Telles furent les paroles qu'il m'adressa d'une voix mourante. Je lui parlai des dispositions requises pour recevoir le baptême, et lui dis, entre autres choses, qu'il devait renoncer à toutes les mauvaises actions qu'il avait pu faire, en être contrit, et ne plus jamais faire le mal, lors même qu'il guérirait; que, s'il était disposé sincèrement à agir ainsi, le Grand-Esprit oublierait tous les péchés de sa vie. -- « Père, me répondit-il, j'ai toujours voulu être bon. Je n'ai jamais volé; je ne me suis jamais enivré; je n'ai jamais tué. Toutefois, si j'ai offensé le Grand-Esprit, je m'en repens. Je désire lui plaire afin que, si je meurs, il ait pitié de moi et m'accorde la grâce d'être admis en sa présence. » --Fatigué de l'effort qu'il avait fait pour parler, il garda le silence pendant quelques instants; puis, ouvrant de nouveau les yeux, il dit : « -- Père, si tu penses que je sois digne de recevoir le baptême, tu m'accorderas une grande faveur et beaucoup de bénédictions! » -- Pleinement satisfait du vif désir qu'il manifestait, je lui administrai le sacrement. A peine fut-il régénéré dans les eaux salutaires du baptême, qu'il rendit le dernier soupir, pour aller jouir du bonheur réservé aux enfants de l'Église.

 

» La mort si consolante de cet Indien fut suivie de la scène la plus déchirante. Jamais je n'avais vu des démonstrations d'une douleur aussi profonde. Les hommes sortaient de cette stoïque indifférence qui semble leur être naturelle, poussaient de profonds gémissements et versaient des torrents de larmes; les femmes, les cheveux épars, poussaient des cris perçants et donnaient tous les signes d'un désespoir que la raison ne peut plus dominer. J'ensevelis l'Indien, le jour suivant, selon le rit de notre sainte Église. Tout le village était présent à cette cérémonie. Ce fut avec la plus profonde gratitude que les assistants virent les attentions et le respect que nous montrons pour les morts.

 

» Depuis ce jour, nous avons toujours assisté les malades dans leur agonie. Le temps pour les instruire est souvent très court, et leurs idées sur la religion sont plus qu'imparfaites; mais, d'un autre côté, ils ont toute la simplicité et la bonne volonté d'un enfant, et leurs dispositions sont des plus consolantes.

 

» Il y a peu de jours, je baptisai le plus vieux de la nation. Impossible de vous dire les impressions que j'éprouvais en versant l'eau sainte sur cette tête blanchie par les années. Le baptême est un des sacrements de notre sainte religion que l'Indien comprend le mieux, et c'est celui de tous qu'il est le plus désireux de recevoir.

 

» Des incidents, que quelques-uns appelleraient providentiels et que d'autres se contenteraient de nommer accidentels, ont beaucoup contribué à augmenter, dans cette tribu, la foi sur l'efficacité de ce sacrement. Je ne vous citerai qu'un seul exemple.

 

» Un soir, -- c'étai pendant l'automne de 1848, -- un Indien arrive à la mission. La douleur et le trouble étaient peints sur son visage. Aussitôt qu'il m'aperçut, il me dit : -- « Père, viens sans délai, car ma femme se meurt. Tous désespèrent, et moi, je la considère déjà comme morte. Tu nous as dit de t'appeler lorsque quelqu'un serait malade et en danger de mort. Je veux qu'elle apprenne la parole du Grand-Esprit avant de mourir. C'est pour cela que je suis venu t'appeler. » -- Je venais d'arriver d'un village appelé Cawva-Shinka, ou Petit-Village, situé à trente milles de la mission; j'étais épuisé de fatigue. Mais comment résister à une invitation si pressante et surtout dans une circonstance aussi grave? Après un moment de repos, je partis avec mon homme. Arrivé au village à minuit, je trouvai la loge remplie de femmes et d'enfants, criant et chantant la sauvage chanson des morts. Je les priai de finir ces lugubres accents et m'approchai de la malade, étendue sur une peau de buffle et couverte à peine de quelques vieux lambeaux de couverture. Elle était sans connaissance. Comme elle paraissait ne pas devoir revenir à elle de sitôt, je me déterminai à rester jusqu'au matin. Un Indien eut la bonté de me prêter sa couverture; je m'en enveloppai et j'essayai de prendre quelques heures de repos. Mais ce fut en vain; je n'ai jamais passé une plus misérable nuit. Les femmes et les enfants recommencèrent leur épouvantable vacarme; les chiens de la loge passaient et repassaient sur moi avec une telle continuité, qu'il m'eût été impossible de compter le nombre de leurs visites. Vers l'aurore, la malade commença à donner quelques signes de vie; mais elle ne pouvait encore parler. Aussitôt qu'elle eut recouvré entièrement les sens, je lui fis quelque exhortation. Elle se montra attentive et donna des signes d'une véritable joie. Je la baptisai et je partis. Deux heures après mon depart, elle était parfaitement rétablie. Elle se leva, prit son enfant et l'allaita.

 

Je retournai peu de temps après au même village, et me trouvai immédiatement environné d'hommes, de femmes et d'enfants, criant d'une voix unanime : -- « Komkai. Nous sommes bien contents de te voir. » -- C'est leur mot de cordiale réception. Après m'avoir raconté le fait et la guérison de la malade, ils m'apportèrent vingt-cinq enfants à baptiser. -- « Père, me disaient-ils, nous croyons tes paroles. Nous savons que le baptême vient du Grand-Esprit. Nous sommes de pauvres ignorants; nous ne pouvons pas lire le livre qui renferme la parole du Grand-Esprit; mais tu nous l'expliques et nous te croyons. » -- J'ai eu des preuves bien évidentes de la sincérité de leurs bonnes intentions et de leur ferme résolution de ne plus offenser Dieu après le baptême.

 

» Il y a un mois environ, je m'arrêtai pour quelques instants dans un wigwam indien. Ceux qui l'habitaient n'avaient pu aller à la grande chasse, à cause de la maladie de leur petite fille. Sa mère me dit qu'ils souffraient de la faim et qu'ils n'avaient pas mangé de viande depuis longtemps. Elle ajouta qu'elle avait bien vu un bœuf égaré dans la forêt et appartenant à un blanc, et qu'elle l'aurait tué si elle ne s'était pas rappelé la promesse qu'elle avait faite, lors de son baptême, de mourir plutôt que de faire ce qui est mal; qu'elle préférait souffrir la faim due d'offenser le Grand-Esprit; et que, si elle avait tué le bœuf, le Grand-Esprit n'aurait plus eu pitié d'elle dans la misère. Ce petit récit me plut et m'édifia. Je ne pouvais m'empêcher de penser combien l'état du monde serait différent de ce qu'il est, si tous les chrétiens se rappelaient aussi fidèlement que cette pauvre Indienne les promesses de leur baptême.

 

» Nous avons baptisé jusqu'à présent au delà de 500 personnes. Cent adultes et enfants ont eu le bonheur de recevoir le sacrement de la régénération avant de mourir. Lorsque ces Indiens sont bien instruits, nous avons peu à craindre pour leur conduite vraiment exemplaire. Le plus grand obstacle pour nous est dans la difficulté que nous éprouvons à apprendre leur langue. Elle ne compte que peu de mots, souvent peu propres à exprimer des idées abstraites. Ces braves gens ont quelques idées confuses d'un Être suprême, de l'immortalité de l'âme, du bonheur et des châtiments de la vie future; mais ces idées sont mêlées de notions matérielles et superstitieuses. En voici un exemple. Ils croient que ceux que le Grand-Esprit admet dans son heureux séjour y reçoivent en abondance du buffle, du chevreuil, de l’élan et du maïs; que, lorsqu'une personne meurt, son âme continue d'habiter la place où elle a laissé son corps; que les âmes retournent quelquefois de l'autre monde pour prendre et y conduire d'autres âmes. C'est la raison pour laquelle ils craignent tant de voyager dans l'obscurité, surtout lorsque quelqu'un est dangereusement malade; ils pensent qu'alors un esprit voltige dans les environs. Quelques-uns de leurs Vigkontah (jongleurs ou hommes de médecine) prétendent, en beaucoup d'occasions, avoir le pouvoir de chasser cet esprit et de sauver la vie de la personne malade. Lorsqu'il y a danger de mort, les plus superstitieux recourent souvent à ces jongleurs; un cheval, un mulet, ou même plusieurs doivent payer ces services. Je connais un de ces imposteurs qui, par ce métier, a gagné, en un seul printemps, trente-deux chevaux. Leurs efforts tendent principalement à persuader aux pauvres Indiens de ne pas nous appeler dans leurs maladies. Ils disent, du ton le plus assuré, qu'ils annuleront l'efficacité de notre pouvoir.

 

» Au printemps passé, j'allai faire une visite aux Petits-Osages. Le jour de mon arrivée, je baptisai trois personnes dangereusement malades; elles moururent le lendemain. Quelques jours après, une fièvre maligne éclata et fit un grand nombre de victimes. Les jongleurs attribuèrent la cause du fléau à ma présence, en déclarant que je leur avais fait perdre le pouvoir de chasser les esprits. Il est affligeant, mais aussi un peu amusant, de voir ces jongleurs s'efforcer de faire cette chasse. Ils se rendent aussi affreux que possible, s'équipent de tous leurs instruments, déchargent leurs fusils, agitent leurs massues et leurs bâtons, battent le tambour, et recourent à tout ce qui est capable de faire du bruit; en un mot, ils emploient toutes les fourberies imaginables pour tromper ces pauvres Indiens. Mais leur pouvoir, qui était autrefois très grand, commence à décliner. Chaque jour voit diminuer l'estime que les sauvages avaient pour eux. Les Indiens nous sont attachés, surtout, comme ils le disent, par ce que nous n'avons ni femmes ni enfants. – « Si vous en aviez, disent-ils, vous feriez comme les missionnaires (les presbytériens) qui vous ont précédés : vous penseriez trop à vos familles et vous négligeriez l'homme à peau rouge et ses enfants. » –

 

» Je vais souvent les visiter dans leurs villages, et je suis toujours reçu avec la plus grande bienveillance. Un crieur me précède pour annoncer mon arrivée. Lorsqu'ils sont tous assemblés dans une vaste loge, ou sous l'ombrage de quelque gros arbre, je commence mon instruction. Ils écoutent avec le plus vif intérêt. Quand j'ai fini de parler, le chef' se lève, adresse à sa tribu quelques avis paternels, et répète ou commente ce que le missionnaire a dit.

 

» Un dimanche, un chef nommé Paï-nonpashe, du village de la Grande Colline sur la rivière Verdigris, vint voir ses deux enfants qui étaient en pension chez nous. Une courte instruction que je fis après la messe produisit une telle impression sur son esprit qu'en retournant chez lui il dit à un métis dont il était accompagné : -- « Je commence maintenant à voir ce qu'il faut faire pour être agréable au Grand-Esprit. Je suis effrayé pour moi-même, mais je me réjouis pour mes deux enfants; car ils ont toute la facilité de connaître le Grand-Esprit et de devenir heureux dans cette vie et dans l'autre. »

 

» La bonne santé dont jouissent tous les enfants qui sont à notre école étonne beaucoup les parents. De fait, la maladie est inconnue parmi eux; pas un seul encore n'est mort depuis que nous sommes ici. Cela contribue beaucoup à augmenter la confiance que les Indiens ont en nous, et dissipe toutes leurs craintes pendant la saison des grandes chasses, où ils doivent s'éloigner pour plusieurs mois.

 

» Lorsque les effrayants ravages que le choléra avait causés le long de la rivière Kanzas, à Westport et dans d'autres endroits, furent connus ici, les Osages effrayés résolurent immédiatement d'aller chercher leur salut dans les plaines. Quelques-uns voulaient emmener leurs enfants; mais la majorité s'y opposa dans la ferme persuasion qu'ils seraient en sûreté sous la garde des Robes-Noires et sous la protection du Fils de Dieu et de sa sainte Mère. Ils se retirèrent donc dans les plaines et laissèrent leurs enfants avec nous. Ils n'avaient été que peu de temps dans leur nouveau séjour lorsque le choléra se manifesta de la manière la plus terrible, et en emporta un grand nombre. S'apercevant de l’erreur qu'ils avaient commise en s'enfuyant de la mission, ils se hâtèrent de revenir pour camper, comme ils disaient, tout près des bons Pères. Ils s'en revinrent donc, et avec tant de précipitation qu'ils ne firent aucune provision, et voyagèrent jour et nuit. A mesure qu'ils approchaient de leur pays, la violence du fléau diminuait. Le dernier cas de mort arriva à 15 milles de la mission.

 

» Les plus grandes difficultés nous sont faites par les métis, presque tous Français d'origine. Ils n'ont du catholique que le baptême, et un attachement inviolable à leur foi, dont, faute d'instruction, ils ne connaissent presque rien, et qu'ils pratiquent encore moins. Ils ont mainte fois prouvé aux ministres protestants que leurs efforts pour les faire changer de religion étaient parfaitement inutiles.

 

» Une autre difficulté pour nous, c'est le genre de vie que les Indiens sont obligés de mener, pour se procurer les provisions nécessaires à leur subsistance. Ils passent généralement six mois de l'année à la chasse; ce qui les oblige de s'éloigner de nous, et expose aux plus grands dangers la moralité de ceux qui voudraient vivre en bons chrétiens. J'espère que cet état de choses changera; car plusieurs sont déjà convaincus qu'ils ne pourront plus longtemps compter sur le gibier et qu'ils auraient déjà dû commencer à cultiver leurs terres, s'ils avaient les moyens nécessaires pour s'y mettre.

 

» Une députation de la nation, composée du premier chef, de cinq guerriers et d'un interprète, est allée rendre une visite à leur grand-père. Le président Taylor les a reçus avec la plus grande bienveillance, et les a encouragés à commencer la culture de leurs terres. Je ne puis vous exprimer la reconnaissance que j'éprouve moi-même quand je pense aux soins vraiment paternels prodigués à mes chers sauvages par leur grand-père et par tous les officiers employés dans l'intendance des Indiens. Les sauvages en ont été extrêmement flattés. J'ai la persuasion qu'il en résultera un grand bien.

 

» Voilà, mon révérend Père, une description bien imparfaite de l'état de notre mission, dans laquelle nous espérons recueillir beaucoup de fruits de salut, s'il plaît à Dieu que nous puissions y rester. Les difficultés pécuniaires nous ont mis souvent et nous mettent encore à présent dans une position assez critique; mais, mon révérend Père le secours que nous recevons de temps en temps de la Propagation de la Foi, de quelques cœurs généreux et amis des sauvages, vient nous soulager. Nous espérons dans la divine Providence pour tout et en tout. « Dieu est fidèle. » Recommandez-nous aux prières de votre pieuse congrégation et de votre bonne communauté de Saint-Louis.

 

                   » Mon révérend et bien cher Père,

 

                                      » Votre tout dévoué Frère en J.-C.,

 

                                                                  » J.-J. BAX,

                                                                           » de la Compagnie de Jésus. »