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1858 - lettre 47 - Note biographique sur le P. Jean Nobili.

15 JUIN 1858                                                                                                      156e LIVRAISON

 

PRÉCIS HISTORIQUES; MÉLANGES LITTÉRAIRES, SCIENTIFIQUES

 

 

JEAN NOBILI.

 

QUARANTE-SEPTIÈME  LETTRE  DU  R. P. DE  SMET

 

au directeur des Précis Historiques, à Bruxelles.

 

 

Université de Saint-Louis, 18 janvier 1858.

 

                   Mon révérend et cher Père,

 

Vous avez publié une courte nécrologie du P. Nobili dans les Précis Historiques de 1857, livraison 107e, page 284. De plus, notre très révérend Père Général vous a donné un témoignage de bienveillance toute paternelle, en vous envoyant une lettre avec une copie d'une correspondance du R. P. Congiato, nouveau supérieur de la mission, sur la mort de son prédécesseur, et que vous avez publiée dans la livraison 108e, page 293.

 

Pour complément de ces données, je vous envoie un extrait du San Francisco Herald, du 20 mars 1856, qui consiste en une notice biographique sur le P. Nobili. Veuillez la traduire, si vous la jugez assez intéressante ¹.

 

¹ Ce qui suit est la traduction qu'on a bien voulu nous faire.          (Note de la rédaction.)

 

Le lundi 3 mars, les devoirs funèbres ont été rendus au R. P. Jean Nobili, de la Compagnie de Jésus, supérieur du collége de Santa-Clara.

 

La nouvelle de cette mort s'était répandue avec une étonnante rapidité dans tout le pays d'alentour. Ce religieux était généralement connu dans tout l'État, et tous ceux qui avaient fait la connaissance du bon Père ne pouvaient s'empêcher de conserver pour lui la plus haute estime, et, bien souvent, un très profond attachement. On peut donc comprendre quelle vive douleur cette triste nouvelle causait partout. A San-Francisco en particulier, quand le télégraphe y eut transmis cette annonce funèbre, un deuil indescriptible couvrit pour ainsi dire toute la ville. La tristesse et l'abattement qui se manifestaient de toutes parts faisaient comprendre que tous avaient perdu un excellent ami, et que la Californie avait fait une grande perte, une perte publique. Il n'y avait que peu de temps encore que ce digne religieux, si bien connu, avait été vu dans les rues de San-Francisco, et c'était avec la plus grande difficulté qu'on pouvait croire que c'en était fait de lui, et qu'on ne le verrait désormais plus au milieu de nous.

 

Le P. Nobili était né à Rome, le 8 avril 1812. Ses parents, distingués par leur piété, élevaient leurs enfants d'après les vrais principes de la morale chrétienne. Sa mère, dont il parlait toujours avec le respect le plus affectueux, était un modèle de toutes les vertus qui font l'ornement d'une mère. Son père était avocat.

 

Jeune encore, Jean fut confié à d'excellents maîtres. Ses progrès, dans les différentes études auxquelles il fut appliqué, pouvaient faire présager tout ce qu'il aurait d'élévation dans un âge plus mûr. Doué de talents naturels d'un ordre supérieur, il employa ses efforts à les développer, et ses maîtres trouvaient agréable et facile la tâche qu'ils avaient d'orner ses facultés et d'accroître ses connaissances. Mais, en même temps que son intelligence acquérait de la maturité, son cœur, cette partie qui est si négligée de nos jours dans les plans d'éducation, ne fut pas abandonné à lui-même pour être envahi, comme l'est une terre non soignée, par les mauvaises herbes. On y sema de bonne heure les semences des vertus. Elles y poussèrent de profondes racines et acquirent une grande force longtemps avant que les passions et les principes d'un monde corrompu pussent l'égarer ou lui donner une mauvaise tendance. Les pieux conseils de sa mère ont toujours été pour Jean Nobili un stimulant efficace de vertu, et il eut soin de ne jamais les oublier. Les pieux souhaits de ses parents furent réalisés, et tous leurs tendres soins pleinement récompensés par les progrès de leur fils dans la ferveur et la dévotion, aussi bien que dans les sciences profanes.

 

Mais leur joie fut à son comble, lorsqu'il leur annonça, dans un âge tendre encore, la résolution généreuse qu'il avait prise de se consacrer entièrement au service de Dieu. Il n'avait que seize ans. Ayant achevé ses premières études dans le Collége Romain, il entra dans la Compagnie de Jésus, le 14 novembre 1828.

 

Durant son noviciat, temps de probation destiné à voir si l'on a les qualités nécessaires pour vivre selon les règles de la Compagnie, il se fit remarquer par sa régularité, et sa ponctualité. Son caractère avait de la grandeur. Ses supérieurs le nommèrent préfet des novices.

 

Plus tard, ses talents se montrèrent si brillants que, lorsqu'il étudiait les humanités et la rhétorique, ses compositions en vers latins et autres étaient lues dans toutes les séances publiques, sans avoir subi d'avance aucune correction. En 1831, il commença ses études de philosophie. En 1834, destiné à l'enseignement des humanités, il les enseigna dans le Collége Romain et dans les colléges de Lorette, de Plaisance et de Fermo. Les supérieurs avaient une si haute estime des connaissances qu'il avait acquises dans la rhétorique, qu'il fut désigné pour présider les exercices publics de cinq colléges de son Ordre en Italie. Il commença ses études de théologie en 1840, et fut ordonné prêtre en 1843.

 

Peu de temps après, il demanda et obtint la permission d'aller prêcher l'Évangile aux sauvages du nord de l’Amérique. En compagnie du P. De Smet, il se rendit à l'Orégon, par le cap Horn, vers la fin de l'année 1843. Durant cette ennuyeuse traversée d'environ huit mois, il eut à supporter de grandes privations, et fut attaqué d'un mal du péricarde. En arrivant au fort Vancouver, il fut chargé du soin spirituel des Canadiens qui sont employés par la Compagnie de la baie d'Hudson, ainsi que des Indiens, dont le nombre est très considérable le long des bords de la Colombie. Le vaisseau qu'il montait fut près de périr contre la barre de la Colombie. Le capitaine fut trois jours à découvrir l'embouchure de la rivière; enfin elle lui fut indiquée par la vue d'un vaisseau qui en sortait.

 

En arrivant, avec ses compagnons, dans l'Orégon, le P. Nobili se trouva en présence d'un mal qui exerçait ses ravages. C'était une sorte de flux de sang. On le regardait comme contagieux. Les médecins l'attribuaient aux qualités malsaines de l'eau de la rivière. Un grand nombre de sauvages en moururent, surtout parmi les Tchinouks et les Indiens des Cascades. Ils se trouvaient en grande partie campés le long des bords de la rivière, pour se rendre à Vancouver afin d'y trouver le secours d'un médecin. C'était une occasion favorable d'exercer le saint ministère. Le P. Nobili la saisit avec le plus grand zèle.

 

Il s'appliqua avec soin à étudier le langage des Indiens, et, après peu de temps, il fut en état d'en parler plusieurs dialectes. Au mois de juin 1845, le Père partit de Wallamette, accompagné d'un Frère novice, pour visiter les tribus de la Nouvelle-Calédonie, parmi lesquelles il fit plusieurs excursions apostoliques.

 

Il serait impossible de donner autre chose, dans cette notice, qu'une idée bien faible des misères, des privations et des souffrances du bon P. Nobili, durant son séjour parmi les tribus sauvages. La description suivante nous fournira quelques renseignements sur le pays. Nous l'extrayons de l'ouvrage du P. De Smet, qui porte pour titre : Missions de l'Orégon, n° VI, p. 80.

 

« Nous traversâmes, pendant quelque temps, des forêts ondoyantes de pins et de cèdres, dans lesquelles la clarté du jour pénétrait à peine. Bientôt nous entrâmes dans des forêts sombres où nous étions forcés de nous frayer un passage la hache à la main, pour éviter ces amas d'arbres renversés et entassés par les tempêtes de l'automne. Quelques-unes de ces forêts sont si denses, qu'à la distance de douze pieds, je ne pouvais distinguer mon guide. Le moyen le plus sûr de se tirer de ces labyrinthes est de se fier à la sagacité de son cheval. Si on lui abandonne les rênes, il suit la trace des autres bêtes de somme. C'est un expédient qui m'a servi cent fois. 

 

» Tout ce qu'on peut imaginer d'effrayant semble réuni ici pour inspirer l'effroi. Des précipices et des ravins prêts à vous engloutir; des sommets gigantesques et des élévations de différentes couleurs; des élévations inaccessibles; des profondeurs effrayantes et impénétrables, dans lesquelles les eaux se précipitent continuellement avec bruit; des sentiers obliques et étroits, par lesquels il faut enfin monter; plusieurs fois j'ai dû prendre la position d'un quadrupède et marcher sur mes mains.

 

» Les pyramides naturelles des Montagnes-Rocheuses semblent braver les efforts des inventions humaines. Elles servent comme d'un lieu de repos pour les nuages qui viennent s'y arrêter et entourer leur sommet gigantesque. C'est la main du Tout-Puissant qui en a jeté les fondements. Il a permis aux éléments de les former, et d'âge en âge, elles proclament sa puissance et sa gloire. »

 

De quelque côté que le P. Nobili portât ses pas parmi ces tribus indiennes, il était reçu à bras ouverts, et on lui portait les enfants pour être baptisés. L'extrait du Journal du R. P. Nobili, daté du fort Corville, juin 1856, et publié, par le P. De Smet, dans les Missions de l'Orégon, num. XVII, fait connaître le zèle du missionnaire.

 

« J'ai baptisé, au fort Vancouver, au delà de soixante personnes, pendant une maladie dangereuse qui régnait dans le pays. La plupart de ceux qui reçurent le baptême moururent avec toutes les marques

 

d'une sincère conversion. Le 27 de juillet de l'année dernière, j'ai baptisé, au fort Okinagane, neuf enfants, au nombre desquels étaient ceux du chef des Sioushwaps. Le bon chef parut au comble de sa joie, en voyant la Robe-Noire se diriger vers son pays. Je partis le 29 du même mois et suivis la brigade. Tous les soirs, je faisais la prière en commun aux blancs et aux Indiens. Chemin faisant, je fis la rencontre de trois vieillards, qui me supplièrent avec ardeur « d'avoir pitié d'eux, de les rendre dignes du ciel. »  Après les avoir instruits des devoirs et des principales vérités de la religion, ainsi que de la nécessité du baptême, j'administrai à eux et à quarante-six enfants de la même tribu, ce qui parut le comble de leurs désirs et de leurs souhaits, le saint Sacrement de la régénération.

 

» Le 11 du mois d'août, une tribu d'Indiens du lac Supérieur vint à ma rencontre sur la rivière à Thompson. Ils me reçurent avec toutes les marques d'une amitié sincère et filiale; ils me suivirent pendant deux jours, et ne me quittèrent qu'après avoir exigé et obtenu l'assurance formelle que je viendrais les évangéliser dans le courant de l'automne ou de l'hiver.

 

» Arrivé au fort des Sioushwaps, les chefs des tribus vinrent me féliciter de mon heureuse arrivée au milieu d'eux. Ils bâtirent une grande cabane, pour servir d'église et de salle d'instruction, pendant mon séjour au fort. J'y ai baptisé douze de leurs petits enfants. Lorsque le temps de la pêche au saumon fut arrivé, je dus me séparer à regret et pour quelques mois de ces chers sauvages, et je continuai ma route vers la Nouvelle-Calédonie.

 

» Le 25 août, j'arrivai au fort Alexandria. Les mêmes signes de joie, les mêmes marques d'amitié et d'affection m'accueillirent chez toutes les tribus que je rencontrai. A ma grande joie et contre mon attente, je trouvai au fort une grande église en bois. J'y retournai dans l'automne et j'y fis un séjour d'un mois, absorbé, du matin au soir, par tous les exercices du saint ministère. Les Canadiens se confessèrent; j'y bénis plusieurs mariages et je distribuai la sainte communion à un grand nombre d'entre eux. Vingt-quatre enfants et quarante-sept adultes reçurent le baptême.

 

» Le 2 septembre, je m'embarquai sur la rivière Frazer, et, après avoir couru beaucoup de risques dans cette dangereuse navigation, j'arrivai, le 12, au fort George. Ici comme ailleurs, je fus reçu avec la même joie et la même affection de la part des sauvages. Cinquante Indiens étaient venus des Montagnes-Rocheuses et attendaient patiemment mon arrivée, depuis dix-neuf jours, pour avoir la consolation d'assister aux cérémonies du baptême. Je baptisai douze de leurs enfants et vingt-sept autres personnes, dont dix étaient malades, d'un âge déjà avancé. Entouré d'un grand nombre de sauvages, je fis les cérémonies de la plantation de la Croix. Le 14, jour de l'Exaltation de la sainte Croix, je m'embarquai sur la rivière Nesqually, et le 24 j'arrivai au fort du lac Stuart. Pendant onze jours, je donnai des instructions aux Indiens. J'eus le bonheur d'obtenir l'abolition de la coutume de brûler les morts et d'infliger des brûlures et d'autres tourments au mari ou à la femme du défunt. Ils renoncèrent solennellement à toutes les jongleries idolâtriques. La grande salle du festin, où se tenaient leurs rites superstitieux, fut changée en église; elle fut bénite et dédiée à Dieu, sous le patronage de saint François Xavier. La plantation de la Croix eut lieu ensuite, avec toutes les cérémonies usitées dans une telle occasion. Seize enfants et cinq vieillards reçurent le baptême.

 

» Le 24 octobre, je visitai le village des Chilcotins : cette mission dura douze jours, pendant lesquels j'ai baptisé dix-huit enfants et vingt-quatre adultes, et célébré huit mariages. Je bénis ici le premier cimetière et j'enterrai, avec toutes les cérémonies du rituel, une femme indienne, la première qui se fût convertie au christianisme. J'ai visité ensuite deux autres villages de la même tribu; dans le premier, j'ai baptisé vingt personnes, dont trois adultes; dans le second, deux chefs reçurent le baptême avec trente de leurs gens. J'y fis deux mariages : j'ai aboli le concubinage partout où j'ai passé. Parmi une nation voisine du fort Alexandria, j'ai baptisé cinquante-sept personnes, dont trente et une adultes, et j'ai béni neuf mariages.

 

» Après mon retour parmi les Sioushwaps, j'ai baptisé quarante et tune personnes, dont onze étaient adultes. J'ai visité cinq autres petites tribus, parmi lesquelles j'ai baptisé environ deux cents personnes. J'ai fait les cérémonies de la plantation de la Croix dans huit différents endroits, et j'y ai trouvé quatre églises en bois bâties par les sauvages.

 

» Chaque tribu ou village d'Indiens dans la Nouvelle-Calédonie se compose d'environ deux cents âmes.

 

» Dans le voisinage du fort Alexandre, le nombre des sauvages monte à 1,255. -- Dans la Nouvelle-Calédonie, au fort George : 343 : au lac à Frazer : 238; au lac à Stuart : 211; au lac à Mc Leod : 80.

 

Parmi les différentes tribus des Indiens barbines : 1,190. -- Tribus dans le voisinage du lac à l'Ours : 801, -- En tout : 4,138. -- Population de la rivière à Thompson, ou terre des Sioushwaps ou Antnass. Le nombre des Sioushwaps proprement dits est 583; des Okinaganes : de 685. -- Population de la branche du Nord : 525; du lac Supérieur : 322; de la Fontaine au lac Frazer : 1,127; des Indiens Couteaux : 1,572. -- En tout : 4,814. -- Nombre total : 8,952.

 

                                                                                                                                         » NOBILI. »

 

 

Le P. Nobili, pendant son séjour dans la Nouvelle-Calédonie, eut à endurer de grandes privations. Durant toute une année, il n'eut pour subsister qu'une sorte de mousse ou herbe, et des racines qu'il tirait de la terre. Sa nourriture consistait généralement en viande de cheval, et souvent il était réduit à manger la chair de chiens ou de loups. Ce qu'il eut à souffrir du froid, de la faim et d'autres privations, n'est connu que de Dieu. Aux hommes, la chose semblerait incroyable.

 

Après avoir fait parmi les tribus sauvages un séjour de six ans, durant lequel il se montra un digne disciple de Jésus-Christ, en ramenant les hommes à Dieu et en déracinant les vices qui dominaient parmi eux, pour obéir aux ordres de son supérieur, il abandonna ses chers sauvages et vint à la Californie, en 1849, avec une santé fort affaiblie.

 

Il resta quelque temps à San-Francisco, et alla ensuite à San-José, où il resta jusqu'au printemps de 1851. Tout le temps qu'il y résida, il excita l'admiration de cette ville avec ses habitants de toutes les dénominations, par ses infatigables travaux. Quand, en 1830, le choléra y exerçait ses ravages, le cheval de l'homme de Dieu était sellé nuit et jour, afin de ne pas perdre une minute de temps et de pouvoir se rendre aussitôt auprès de ceux qui réclamaient ses services. Les travaux du P. Nobili sont bien connus dans cet endroit. Ils vivront éternellement dans la mémoire de ceux qui en ont reçu du secours ou qui en ont été témoins.

 

Au printemps de 1851, Mgr. l'archevêque d'Alemany le désigna pour une mission à Santa-Clara. Dès qu'il fut entré dans cette nouvelle charge, il commença la fondation du collége de Santa-Clara. Ce collége réussit si bien, qu'il est connu comme la première institution d'éducation de cet État.

 

Il n'est pas nécessaire de parler de ses peines et de ses travaux depuis l'établissement du collége de Santa-Clara. L'État tout entier les bien connus et appréciés. Ce n'est pas ici par une simple façon de parler que nous disons que la plus grande gloire de Dieu, devise de sa Compagnie, était le principal mobile de toutes ses actions. Que dirons-nous de cette sollicitude profonde avec laquelle il veillait sur ce collége ?  Il s’appliquait instamment avec une attention incessante à favoriser son accroissement, à diriger ses progrès, à promouvoir ses intérêts et à augmenter ses ressources matérielles. Il avait, pour les élèves confiés à ses soins, une bonté et une affection paternelles. Il était affable et complaisant envers ceux qui le visitaient et exerçait l'hospitalité avec prévenance. Sa conduite envers tous était polie et agréable, mais pleine d'une dignité qui lui conciliait le respect et l'admiration non-seulement des catholiques laïques, mais même de ceux qui ne reconnaissaient pas son caractère spirituel. Il était d'une exactitude scrupuleuse à remplir jusqu'aux moindres observances de la religion. Le service divin était pour lui plein de charmes : il aimait ses offices, sa liturgie, et il avait une attention extrême pour tout ce qui regarde la beauté du sanctuaire, pour tout ce qui concerne en quelque manière la gloire extérieure de la fille mystérieuse du Roi du ciel. Enfin, sa foi vive, ses mœurs irréprochables, sa vie pure, son zèle, sa charité et ses autres vertus sans nombre l'ont fait briller comme une lumière ardente devant son peuple et devant « ceux du dehors. »  Tous ces traits et un grand nombre d'autres non moins remarquables sont précieux aux yeux de Dieu, pleins d'édification pour les hommes et honorent la mémoire du défunt. Il n'est pas nécessaire que nous nous arrêtions ici à les développer davantage : la gloire éclatante qui les entoure déjà leur a donné un lustre auquel nos paroles ne sauraient rien ajouter. Toutefois, il est une chose que nous ne pouvons nous empêcher de rapporter, c'est la patience et la résignation exemplaires avec lesquelles il supportait les chagrins et endurait les souffrances, surtout les pénibles douleurs de sa dernière maladie. Le mal qui l’emporta, le tétanos, est très douloureux. Les souffrances qu'il cause ordinairement étaient encore augmentées par l'irritabilité de la constitution nerveuse du malade; néanmoins le Père endurait tout avec courage et avec une résignation entière à la volonté divine. Il demandait aux autres de l'aider de leurs prières, afin qu'il pût obtenir la grâce d'une parfaite résignation. A sa dernière heure, durant les moments qui précédèrent immédiatement son trépas, quand ses yeux se promenaient autour de lui comme pour demander quelque consolation et quelque secours, chaque fois qu'ils tombaient sur le crucifix, ils s'y arrêtaient, soulagés et consolés par cette image du divin Rédempteur et par le souvenir des souffrances de Jésus-Christ. Ce fut en baisant cette image que le Père Nobili, ferma les yeux et que son esprit retourna vers son Créateur.

 

Après la mort de ce regrettable Père, rien ne fut omis de ce que le culte catholique prescrit ou de ce que le respect et l'affection de ses compagnons put suggérer pour honorer la dépouille du défunt. Son corps fut porté immédiatement à l'église de la mission, et placé sur un catafalque devant le maître-autel.

 

Mgr. l'archevêque Alemany célébra solennellement la messe de Requiem, assisté par le R. P. Llebarra, vicaire général, le P. Gallagher, curé de la cathédrale de Sainte-Marie à San-Francisco, et des autres Pères Jésuites. Le P. Gallagher prononça l'oraison funèbre, et donna un éloquent et touchant abrégé de la religieuse et digne carrière du Père Nobili. C'est à lui que nous sommes surtout redevables des principaux faits que nous avons rapportés dans cette notice imparfaite sur cet illustre apôtre de la Californie, qui se dévoua tout entier à la religion et à l'éducation de la jeunesse.

 

Agréez, mon révérend et cher Père, avec cette notice biographique d'un de mes compagnons de voyage à l'Orégon, l'assurance de mon affectueux respect.

 

                                                                                                       P. J. DE SMET.