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1865 - lettre 66 - Voyage vers les Sioux, en 1864.

VOYAGE VERS LES SIOUX, EN 1864

 

SOIXANTE-SIXIÈME LETTRE DU RÉVÉREND PÈRE DE SMET

 

Au Directeur des Précis Historiques, à Bruxelles ¹.

 

¹ La Table des matières du volume de 1864 contient une lacune : il n'y est point fait mention des Lettres du P. De Smet, qui se trouvent pp. 106, 290, 560 et 557. Nous engageons nos lecteurs à indiquer ces lettres dans la Table, p. 647.

 

On se rappelle que, l'été dernier, le président Lincoln appela à New-York le R. P. De Smet, de la Compagnie de Jésus, missionnaire des Montagnes-Rocheuses, et le chargea de porter, au nom du gouvernement, des propositions de paix aux sauvages Sioux de cette contrée. La frontière des États du Nord est souvent inquiétée par ces aventureux cavaliers, au nombre de 30,000 à 40,000, et la République ne peut guère détacher de ce côté que 6,000 hommes, force tout à fait insuffisante. Le R. P. De Smet s'acquitta de cette mission; les Sauvages se montrèrent dociles à la Robe-noire; mais le général commandant de l'armée des Etats-Unis crut ne pas devoir accepter les propositions de paix. Le P. De Smet retournera chez les Sioux au printemps de cette année 1865, pour faire de nouveaux efforts, afin d'obtenir plus de satisfaction. « Si une mission pacifique peut réussir auprès des farouches guerriers des Montagnes-Rocheuses, dit le Propagateur de Lille, c'est assurément quand elle est confiée à un homme qui, depuis trente ans, évangélise les indigènes; et s'est attiré le respect de tous. »  Dans l'intervalle de ces deux missions, le P. De Smet est venu en Europe chercher de nouveaux missionnaires. Il était à Rome le jour de la béatification du P. Canisius.

 

 

A bord du Yellow-Stone, Yanton-city, capitale du territoire Dacotah, ou

Coupe-Gorge, à 1,093 milles de l'embouchure du Missouri, 17 mai 1864.

 

Mon révérend et bien cher Père,

 

J’espère que mes longues lettres, écrites de Saint-Louis, vous seront parvenues. Je vous y ai donné l’itinéraire de ma mission de 1863, contenant mes rapports avec les Indiens, mes petites vues sur les divers pays traversés, et les incidents du voyage.

 

Aujourd’hui se présente un temps favorable, qui me donne l’occasion de vous tenir au courant des progrès que nous faisons, et de mon nouveau voyage de 1864. L’eau est basse; les bancs et les barres de sable nous arrêtent à chaque moment. Dans les huit derniers jours, nous avons à peine avancé six milles. Je passe mes heures de loisir à la lecture, à prendre des notes et des informations relatives au Missouri, à ses nombreux tributaires, à l’immense région de 500,000 milles carrés qu'ils arrosent. J'observe, je mets ma petite expérience en jeu, j'interroge les voyageurs les mieux informés, et puis j'écris, pour ma propre utilité, et dans l'espoir de pouvoir vous donner une idée assez exacte de cette grande et intéressante portion du vaste continent américain. Disons d'abord un mot de mon départ de Saint-Louis.

 

Le 16 avril, le vapeur la Roche-jaune, ou Yellow-Stone, quittait le port de Saint-Louis. Je partis le 20, dans la nuit, par le chemin de fer du nord-ouest, dans l'espoir de devancer le bateau et de le rejoindre à Saint-Joseph. Je me hasardai même jusqu'à Leavenworth, dans la compagnie de notre R. P. Provincial, pour y présenter mes hommages respectueux à Mgr. Miége, S. J., vicaire apostolique du Kansas, et à nos chers confrères en Jésus-Christ. A mon arrivée, j'appris, à ma grande surprise, que la Roche-jaune avait quinze heures d'avance sur moi, et faisait, bonne route, à la faveur d'une grosse crue d'eau et d'un beau clair de lune. Je me trouvai ainsi dans la dure nécessité de me mettre en diligence pour courir après le bateau, sur la rive droite, par monts et par vaux, à une distance de près de 200 milles. J'ajouterai ici un court aperçu sur l'aspect actuel de cette contrée, dont la plus grande portion se trouve dans l'État de l'Iowa.

 

J'avais parcouru ce même pays en 1838, lorsque je me rendis, pour la première fois, parmi les Potowatomies du Council-Bluffs, avec le Père Verreydt, pour y ouvrir notre première mission indienne. Alors toute cette région était encore dans son état primitif, possession paisible des Indiens, et servant de pâturages et de repaires aux nombreuses bandes d'animaux féroces qui la parcouraient. Je me rappellerai toujours, avec intérêt, l'impression que fit sur mon esprit la première vue de ces interminables plaines et de ces belles prairies, émaillées de fleurs et de plantes qui m'étaient jusqu'alors inconnues; et environnées de forêts et de lisières de bois, dont on pouvait découvrir la délinéation dans le lointain, qui semblaient les encadrer. Le bûcheron n'y avait pas encore pénétré, la hache en main. Toute la face de ce pays, à des centaines de milles au long et au large, du Missouri au Mississipi, est changée, dans l'espace des vingt-cinq dernières années, par l'influence de la civilisation et d'un peuple laborieux et industrieux. On remarque avec étonnement et avec admiration une suite de villes et de villages en pleine prospérité et activité, dont plusieurs comptent déjà au delà de 10,000 âmes, comme Leavenworth et Saint-Joseph. Elles sont environnées de vastes et belles fermes, de pâturages immenses, où on élève sans peine d'innombrables troupeaux d'animaux domestiques. On y entend partout le bruit sourd du marteau sur l’enclume et les bouffées de la vapeur qui met en mouvement la meule et la scie, et se prête à toutes les inventions utiles. La terre, dans presque toute cette région, est d'une fertilité extraordinaire.

 

J'arrivai à la ville d'Omaha, le 25 avril. Cette fois-ci, heureusement, j'avais réussi à prendre l'avance sur le bateau. Mgr. O'Gormon, le digne vicaire apostolique de Nebraska, me reçut dans sa maison avec la plus grande bienveillance et avec la charité la plus paternelle. J'eus le temps, jusqu'au 28, de me remettre de mes fatigues et de reprendre les pratiques religieuses prescrites par nos règles. Ce point important demande un soin bien particulier, surtout dans une diligence américaine, où neuf ou dix personnes se trouvent enfermées, fourrées, serrées comme dans un bac, et cela pendant deux jours et une nuit. Je fis mes adieux à Mgr. l'évêque, et, avec sa bénédiction, je reçus de Sa Grandeur tous les pouvoirs nécessaires pour exercer le saint ministère dans son immense district, qui embrasse les territoires du Nebraska, de Dacotah et de Montana. Je m'embarquai le 28 avril.

 

Nous comptons parmi les plus grands bienfaiteurs de nos missions indiennes en Amérique, M. Charles Chouteau, qui appartient à une de nos plus illustres familles. Chaque année, cet homme respectable accorde gratis le passage des missionnaires et le transport de leurs effets. Il me reçut à bord de son bateau, avec sa bonté et sa cordialité habituelles; il m'accorda la cabine la plus tranquille et la plus commode, et m'y fit préparer aussitôt un autel. Grâce à sa charité, je m'y trouve installé comme dans un véritable petit chez-soi de la Compagnie. J'ai la grande consolation d'offrir tous les jours le saint sacrifice, dans une espèce d'antichambre, contiguë à la mienne. Un bon nombre de catholiques peuvent s'y réunir, et viennent assister tous les dimanches à la messe et remplir leurs devoirs religieux.

 

Parmi nos voyageurs, au nombre d'environ 150, nous avons toutes les diverses nuances des sectes protestantes, des déistes, des athées et des amateurs des affinités électives, qui ont brisé tous les liens du mariage et de la famille. Sur un bateau américain de longue course, un prêtre trouve donc abondamment de quoi s'occuper. Dans le nombre, il rencontre toujours quelques personnes qui répondent à la grâce du Seigneur, reçoivent volontiers l'instruction et se convertissent. On éveille dans la plupart de meilleurs sentiments et souvent des remords, qui plus tard peuvent porter effet. Quand il arrive au beau milieu d'un assemblage pareil, le prêtre est observé attentivement : on semble le mesurer de pied en cap; c'est comme la bête curieuse dans une ménagerie; on le regarde avec surprise et on est assez lent â l'approcher; mais une fois la première réserve passée, il est accablé de questions sur tous les points de la religion, dont souvent quelques-unes sont assez fines, mais pour la plupart elles sont bizarres, quelquefois même indélicates et grossières; ce qui dénote une profonde et déplorable ignorance et n'inspire que pitié et compassion.

 

Depuis le 28 avril jusqu'à ce jour 17 mai, le bateau a fait à peine 340 milles; il se trouve échoué à chaque instant sur des amas de sable, qui barrent toute la rivière. On est alors obligé de décharger une partie de la cargaison, pour alléger le bateau et pouvoir passer; ce qui occasionne de grands délais.

 

Ces délais m'ont fourni l'occasion de faire quelques excursions dans les forêts et les prairies adjacentes, et d'exercer mon saint ministère. En voici le résultat.

 

Dans une pointe de bois appelé Ouk-Cove, ou l’anse aux chênes, sur le territoire de Nébraska, je trouvai un Canadien établi depuis huit ans dans l'endroit, et marié à la façon du pays, comme ils s'expriment, c'est-à-dire par un consentement mutuel, ou devant des témoins ou un juge. Sa femme était métisse Pied-noir, et avait reçu le baptême dans son enfance, lors de ma première visite à sa tribu. La première entrée d'un prêtre à Oak-Cove fut pour la famille un jour de surprise et de joie. Le père et la mère s'empressèrent de faire baptiser leurs quatre petits enfants, et se préparèrent aussitôt à recevoir dignement la bénédiction nuptiale.

 

Sur la rive opposée, dans le territoire de Dacotah, j'entrai dans une cabane occupée par un jeune métis, chef Yanton, et sa famille. Il me reconnut et me salua affectueusement. Je l'avais baptisé dans une de mes premières visites aux Sioux. Plus tard, il passa plusieurs années dans notre école indienne à Sainte-Marie, parmi les Potowatomies. Il me présenta ses quatre fils, dont l'aîné avait à peine six ans, et me pria de les baptiser.

 

Le long de la grève et dans quelques pointes de forêts, j'ai régénéré dans les saintes eaux du baptême dix-huit enfants appartenant à la nation des Winebagos, et dont une grande partie est catholique. Voici une courte notice sur ce que j'ai pu apprendre sur leur triste et malheureuse situation.

 

Ils vivaient autrefois heureux et contents sur quelques branches et lacs, dans la partie supérieure du Mississipi, et y occupaient de belles réserves. Au commencement de la guerre des Sioux, en 1862, dans laquelle les Winebagos n'avaient pris aucune part, et malgré leurs démonstrations d'attachement aux Blancs, ils furent forcés, par les autorités civiles et militaires, de quitter leurs paisibles demeures, leurs beaux champs et leurs jardins. Aussitôt toute leur réserve, qui leur avait été garantie à perpétuité, fut envahie par les Blancs.

 

L'allocation faite par le gouvernement pour le transport de ces pauvres et malheureux bannis était assez considérable, et les provisions étaient abondantes. Rien ne manquait aux larges promesses qu'on leur faisait « de faire tout pour eux, afin de les rendre heureux et confortables dans leur nouvelle patrie, où rien ne leur manquerait. »  Environ 2,000 Winebagos se soumirent forcément à cet accord. Ils furent mis, l'année dernière (1863), sur des bateaux à vapeur, qu'on encombra de ces figures étranges, et firent route pour leur nouvelle réserve, située en bas du grand détour du Missouri, à 1,363 milles de son embouchure, et environ 3,000 milles de leurs anciennes demeures. Quels préparatifs avait-on faits pour recevoir tant de malheureux, qui se voyaient forcés de quitter leurs cabanes permanentes, leurs champs, leurs jardins, leurs moulins, leurs pêcheries ?  On leur donnait en échange une parcelle du désert, comparativement inculte et misérable, dépourvue d'animaux et de gibier, et, de plus, située dans le voisinage des Sioux, leurs ennemis d'ancienne date.

 

Lorsqu'ils arrivèrent à cet endroit, la saison des semailles était déjà trop avancée pour en obtenir des résultats favorables. L'hiver dernier fut rude et long. Ces Sauvages furent mis à de petites rations. En ce printemps, ils se trouvent encore sans grains et sans semences. Un grand nombre de leurs petits enfants sont déjà morts de misère; ils périssent en général de faim. Aujourd'hui, on les trouve éparpillés en deux, trois ou quatre familles, se cachant dans les îles et le long de la grève du Missouri, où j'ai pu m'approcher de plusieurs, et, à leur grande joie, donner le baptême à dix-huit de ces petits enfants. Des soldats ont stationné sur différents points de la rivière, pour les intercepter et les reconduire par force sur la réserve de désolation, où déjà 80 malheureux ont succombé. C'est un nouveau chaînon attaché à la longue chaîne de cruautés et d'injustices infligées aux malheureux indigènes. Plusieurs gazettes s'écrient et demandent : « Qui est la cause de cette injustice barbare et criante, commise envers les Winebagos ? »  Et on leur répond : « Qui ? »  En effet, on n'a pas encore obtenu d'éclaircissements sur cette triste et affligeante affaire; mais on a fait une enquête. Serait-ce pour la forme ?  Je vous en ferai connaître les résultats, si jamais le public les obtient.

 

Le 14 mai, nous nous trouvâmes complétement arrêtés par une barre de sable, à un mille au-dessus de Yanton, capitale du territoire de Dacotah. Cette nouvelle ville est encore dans son enfance. Sa population consiste en 30 ou 40 familles. Le Capitole, la résidence du gouverneur, et toutes les maisons et les maisonnettes sont en charpente et logs, ou arbres équarris. Sa situation sur le bord de la rivière, sur une pente douce et élevée, a été bien choisie. Yanton deviendra une ville de plus en plus importante, à mesure que le pays se colonisera.

 

En ce moment d'arrêt, l'eau continue d'être basse et les difficultés de charger et de décharger ont été si grandes, que le capitaine a résolu de faire construire une grande barque ou mackinaw, pouvant porter 73 tonnes de fret, pour alléger le bateau à vapeur.

 

Les pionniers de la civilisation vivent ici dans une inquiétude continuelle, et sont nuit et jour sur le qui-vive. Les Sioux, quoique refoulés de leur ancien territoire et loin des tombeaux où reposent les cendres de leurs ancêtres, parcourent encore le vieux domaine en bandes de maraudeurs, pour piller et tuer les nouveaux envahisseurs du sol. Depuis peu, six malheureux habitants sont tombés sous leurs coups. La gazette du 10 mai, sur des ouï-dire sans doute, annonce que le bateau rencontrera une grande opposition de la part de 3,000 Sioux guerriers, qui méditent une attaque contre l'ancien fort-à-Clark, et qui sont résolus à disputer le passage de la rivière aux bateaux à vapeur qui veulent le remonter. Nous pourrons juger, dans quelques jours, de la valeur réelle de cette nouvelle. On ajoute qu'ils sont bien armés, avec deux canons et une abondance de poudre et de plomb, d'armes à feu et de flèches. Nous verrons. Je mets toute ma confiance dans la sainte providence du Seigneur et dans la protection de la sainte Vierge Marie, notre bonne mère. Je suis envoyé par la sainte obéissance et sous les auspices du gouvernement en qualité de messager de la parole de paix. Toutefois, on ne saurait se faire illusion, le moment est très critique; mais si Deus pro nobis, quis contra nos; si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? 

 

Ce qui aggrave la situation et rend la paix presque impossible, ce sont les faits récents que je vous ai rapportés relativement à la triste situation des Winebagos, et qui augmentent dans tous les cœurs indiens la haine contre les Blancs; ce sont les agressions continuelles de notre soldatesque des frontières, peu habituée à la discipline militaire, et qui s'abandonne à toutes sortes d'excès cruels et honteux. Deux faits suffiront pour vous en donner une idée.

 

Huit Sauvages amis, au grand galop selon leur coutume, s'approchèrent d'une troupe de soldats. Ceux-ci, ignorant le signal d'arrêt, leur crièrent de s'arrêter. Les Indiens, ne comprenant ni la langue, ni l’ordre, continuèrent leur course. Les soldats les couchèrent en joue et tuèrent sept. Un seul échappa et porta la nouvelle à son camp. La représaille fut terrible et barbare. Ce fait fut vengé quelque temps après, dans une attaque dirigée contre un bateau à vapeur, où quatre hommes furent tués; et une seconde attaque contre un mackinaw, contenant près de quinze hommes, une jeune fille et une femme avec ses deux enfants, qui tous furent massacrés de la manière la plus affreuse.

 

Voici un autre trait : Quelques soldats, en état d'ivresse, s'approchèrent d'une loge indienne qui contenait quelques femmes. Ils les insultèrent grossièrement. Elles prirent la fuite pour se dérober à leur brutalité. On les poursuivit à coups de fusil, et plusieurs de ces pauvres malheureuses furent atteintes et tuées.

 

En voilà assez sur les causes qui augmentent les difficultés présentes et les accumulent autour de nous. Le Seigneur seul peut apaiser le tumulte et calmer les cœurs des Sauvages, surexcités par l'esprit de haine et de vengeance. Prions et espérons dans les divines miséricordes et dans l'intercession de notre bonne Mère, Refugium nostrum.

 

Je finirai cette lettre, déjà assez longue, par une petite anecdote assez caractéristique et bien propre aux gens du pays. Le 23, je rencontrai un Canadien, qui avait sa cabane proche de la rivière et d'un sentier de bois à brûler pour le service des bateaux à vapeur. Il me parlait des grands dangers dans lesquels sa famille se trouvait, par la proximité des Sioux et leurs visites hostiles et nocturnes. J'essayai de lui donner, sur sa position, quelques avis salutaires dont il avait sans doute bien besoin. Je finis par lui recommander « de se tenir toujours prêt pour recevoir la visite du Seigneur; qu'il peut venir dans la nuit lorsqu'on y pense le moins; que ce serait bien malheureux de paraître devant son juge, sans être bien préparé. »  Il n'avait évidemment rien compris à ma petite harangue, et il ne rêvait que Sioux. Il me répond : « Père, c'est comme vous dites, ils arrivent à l'improviste, ces terribles Sioux, et sans se faire annoncer. Ils vous flanquent une ou deux balles et quelques flèches dans le corps. Et moi, je ne suis pas préparé du tout, car je suis pauvre : je me trouve sans balles et sans poudre, pour prendre ma revanche. C'est une bien triste position, n'est-ce pas, Père ?  Aujourd’hui, j'aurai meilleure chance. J'ai vendu mon bois au bateau; j'achèterai des balles et de la poudre. Qu'ils viennent ensuite, ces mauvais sujets de Sioux, et ils me trouveront prêt à les recevoir. »  Tel est à peu près le langage que vous tiennent tous les coureurs des bois et des plaines de cette région. Ils ont été élevés dans la religion, mais c'est tout. Ils vous diront : « Lorsque j'étais jeune, j'ai servi la messe; j'ai fait ma première communion; mais, dans ce pays de barbares, où j'ai passé la plus grande partie de ma vie, j'ai tout oublié. »  De plus, par leur contact continuel avec les Sauvages, ils sont imbus de leurs idées et de leurs notions superstitieuses. On réussit insensiblement à les ramener, par la douceur surtout et en leur rappelant les grandes vérités de la religion sur la fin de l'homme. Que n'avons-nous ici deux douzaines de zélés missionnaires ?  L'Europe nous les refusera-t-elle ?

 

En union de vos saints sacrifices et de vos prières, j'ai l'honneur d'être, mon révérend et bien cher Père,

                                                        Reverentiœ Vestrœ servus in Christo,

                                                                                                        P. J. DE SMET, S. J.